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Editorial Version imprimable

Économies ou politique de gribouille ?

 

Il faudrait avoir vécu ces derniers mois reclus sur une île déserte, privé de moyens de communication, pour ne pas avoir conscience de l'état de gravité de la situation économique de notre pays et de la difficulté qu'il rencontre à maîtriser ses déficits. Reste, que si les nécessités budgétaires et les injonctions de Bruxelles, imposent une gestion des fonds publics plus soucieuse de la maîtrise des dépenses et de l'apurement de la dette, le secteur de la santé doit faire l'objet d'une attention particulière pour préserver l'accès aux soins de proximité et le haut niveau de qualité des soins dont s'enorgueillit la France.
 
On peut économiser à condition d'économiser "intelligent" et de rompre avec l'accoutumance au "tout public". Cette addiction, selon laquelle il faut favoriser "à tout prix" les hôpitaux publics, frappe curieusement les gouvernements, quelle que soit leur famille politique, et les conduits à restreindre, de façon inique, les moyens impartis aux soins de ville libéraux auxquels, au passage, il est demandé de faire toujours plus.
 
Les chiffres de la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale, comme ceux de la Cour des Comptes, démontrent que les gisements d'économies se trouvent du côté de l'hôpital, notamment par le développement de la chirurgie ambulatoire ou la restructuration des lits trop nombreux. Les chiffres montrent aussi, par contraste, que les dépenses de soins de ville sont maîtrisées, et même bien au -delà.  Ils ont permis d'économiser 1,1 milliard d'Euros de plus que prévu en 2013. En matière de maîtrise médicalisée des dépenses, en clair la mobilisation des médecins libéraux, a permis d'économiser 602 millions d'euros soit 52 millions de plus qu'attendu.
 
Un gouvernement épris de logique encouragerait les médecins libéraux, leur donnerait des moyens pour se moderniser et s'organiser encore mieux afin d'absorber le transfert des activités qui ne justifient pas d'être menées à l'hôpital public dont il engagerait une grande réforme. Surtout, ce gouvernement "normal' respecterait les deals. Le premier consiste à réinjecter les fruits de la maîtrise médicalisée dans la revalorisation des honoraires médicaux.
 
La politique qui consiste, dans le budget rectificatif de la sécurité sociale, à réduire dès cette année l'objectif de dépenses d'assurance maladie en imposant deux fois plus d'efforts aux soins de ville qu'aux hôpitaux publics, est évidemment inacceptable car injuste. Mais surtout, elle traduit la volonté de ne pas toucher au secteur public pour imposer tous les sacrifices aux soins de ville que petit à petit on étrangle.
 
La future réforme de la santé servira donc à dissimuler ces agissements dont la traduction concrète risque d'être un conflit de grande ampleur. Les médecins libéraux, qui sont fiers de leur métier, n'ont pas envie qu'une politique de gribouille vienne les saccager. Les prochains mois seront tendus.

 

Dr Jean-Paul Ortiz
Président de la CSMF